Tu crois devoir créer une EURL ou une SASU dès que ta micro-entreprise devient trop petite ?
C’est souvent le réflexe. Ton chiffre d’affaires monte, tes frais augmentent, tu récupères de la TVA, un client te parle de “structure plus solide”. Tu te retrouves alors à comparer des statuts de société, comme si l’étape intermédiaire n’existait pas.
Elle existe pourtant : l’entreprise individuelle au réel. Même structure juridique que la micro-entreprise, mais avec une fiscalité plus proche d’une activité pilotée comme une entreprise. Tu déduis tes charges réelles, tu peux récupérer la TVA si tu y es soumis, tu déclares un bénéfice réel. En contrepartie, tu entres dans un monde plus exigeant : comptabilité, liasse fiscale, cotisations provisionnelles, arbitrages de trésorerie.
J’ai longtemps pensé que la montée en puissance d’un freelance suivait une ligne simple : micro, puis SASU. Avec le recul, c’était trop rapide. La liberté freelance est une liberté encadrée. Et l’EI au réel peut être un excellent sas de transition quand tu veux quitter la simplicité de la micro sans créer tout de suite une société.
C’est quoi une entreprise individuelle au réel ?
L’entreprise individuelle au réel, c’est une entreprise individuelle qui n’est plus imposée selon les règles simplifiées du régime micro. Juridiquement, tu restes entrepreneur individuel. Tu ne crées pas de société, tu ne rédiges pas de statuts, tu ne déposes pas de capital social.
Ce qui change, c’est le calcul du résultat.
En micro-entreprise, l’administration applique un abattement forfaitaire sur ton chiffre d’affaires : 34 % en BNC, 50 % en prestations BIC, 71 % en vente. Peu importe tes frais réels. Si tu factures 70 000 € en BNC, ton bénéfice imposable est calculé sur 46 200 €, même si tu as réellement dépensé 25 000 €.
En entreprise individuelle au réel, ton bénéfice se calcule ainsi :
Recettes encaissées - charges professionnelles déductibles = bénéfice imposable
Tu peux donc déduire ton matériel, tes logiciels, ton coworking, tes frais de déplacement, tes formations, ta sous-traitance, ton expert-comptable et toutes les dépenses engagées dans l’intérêt de ton activité. Si tu veux creuser dépense par dépense, le guide des charges déductibles en freelance détaille les règles pratiques.
L’EI au réel n’est pas une société. C’est une entreprise individuelle avec une comptabilité et une fiscalité plus précises.
Micro, EI au réel, EURL, SASU : le repère simple
Voici le tableau à garder en tête avant d’aller plus loin.
| Critère | Micro-entreprise | EI au réel | EURL | SASU |
|---|---|---|---|---|
| Structure juridique | Entreprise individuelle | Entreprise individuelle | Société | Société |
| Création | Très simple | Pas de nouvelle création si tu existes déjà | Statuts + capital + greffe | Statuts + capital + greffe |
| Déduction des charges réelles | Non | Oui | Oui | Oui |
| Cotisations sociales | Sur le CA | Sur le revenu professionnel | TNS | Assimilé salarié |
| TVA | Franchise possible, puis TVA | Franchise possible, option ou TVA | Franchise possible, option ou TVA | Franchise possible, option ou TVA |
| Comptabilité | Livre de recettes | Comptabilité au réel | Comptabilité complète | Comptabilité complète |
| Patrimoine personnel | Séparé depuis 2022 | Séparé depuis 2022 | Société distincte | Société distincte |
| Associé possible | Non | Non | Non, sauf transformation en SARL | Non, sauf transformation en SAS |
| Dividendes | Non | Possible seulement en cas d’option IS | Oui | Oui |
La micro gagne sur la simplicité. L’EURL et la SASU gagnent sur la structure sociétaire. L’EI au réel gagne quand tu veux déduire tes frais sans ajouter toute la couche juridique d’une société.
Quand l’EI au réel devient-elle pertinente ?
L’entreprise individuelle au réel n’est pas un statut par défaut pour démarrer. Elle devient intéressante quand la micro-entreprise commence à déformer la réalité économique de ton activité.
Tu dépasses durablement les plafonds micro
En 2026, les plafonds micro sont de 83 600 € pour les prestations de services BNC ou BIC et de 203 100 € pour la vente de marchandises. Si tu dépasses le plafond applicable deux années civiles consécutives, tu sors du régime micro au 1er janvier suivant.
Un dépassement isolé ne suffit pas. Mais si tu fais 78 000 €, puis 92 000 €, puis 105 000 €, tu n’es plus dans un accident. Tu as changé de taille.
Dans ce cas, l’EI au réel peut éviter une création de société précipitée. Tu gardes ton numéro SIRET, tes clients, ton organisation. Tu changes surtout de régime fiscal et comptable. Le guide pour passer du micro au réel explique la mécanique de transition étape par étape.
Tes charges réelles dépassent l’abattement micro
Le déclencheur principal, ce n’est pas toujours le chiffre d’affaires. C’est parfois le niveau de frais.
Prenons un freelance BNC avec 75 000 € de recettes et 24 000 € de charges réelles. En micro, l’administration lui applique 34 % d’abattement, soit 25 500 €. Le micro reste cohérent fiscalement. Mais si ses charges montent à 32 000 €, l’abattement ne couvre plus la réalité.
Le régime réel devient alors plus fidèle.
Tu dois surveiller ce ratio :
Charges réelles / chiffre d'affaires
En BNC, si tu dépasses régulièrement 34 %, le réel mérite une simulation. En prestations BIC, le seuil psychologique est plutôt 50 %. En vente, il faut comparer avec 71 %, ce qui rend la micro souvent plus résistante.
Ne regarde pas seulement ton CA. Regarde ce qu’il reste après les dépenses nécessaires pour produire ton chiffre.
Tu investis dans du matériel ou de la sous-traitance
L’EI au réel devient plus pertinente quand ton activité ne repose plus uniquement sur ton temps.
Un designer qui achète du matériel photo, délègue une partie de l’intégration et paie des licences Adobe n’a pas la même économie qu’un consultant qui vend uniquement des journées. Un développeur qui paie 1 200 € par mois de serveurs, de logiciels et de sous-traitance n’a plus la même structure de marge qu’à ses débuts.
J’ai connu ce basculement sur mes premières grosses missions. À 480 €/jour aux Pays-Bas, le tarif semblait confortable. Puis j’ai retiré les trajets, l’hôtel, les repas, les semaines loin de chez moi. Le chiffre d’affaires racontait une histoire. Le bénéfice en racontait une autre.
Le régime réel t’oblige à regarder cette deuxième histoire.
Tu veux récupérer la TVA
La TVA n’est pas réservée aux sociétés. Une EI au réel peut être en franchise de TVA si elle reste sous les seuils, mais elle peut aussi être redevable de la TVA ou opter volontairement pour la TVA.
En 2026, le seuil de franchise en base pour les prestations de services est de 37 500 €, avec un seuil majoré à 41 250 €. Pour les ventes, le seuil de base est de 85 000 €, avec un seuil majoré à 93 500 €.
Si tu travailles en B2B, facturer la TVA n’est généralement pas un problème : tes clients récupèrent eux-mêmes la TVA. Et si tu as des achats importants, tu peux récupérer la TVA sur tes dépenses professionnelles. Sur 12 000 € HT de matériel et logiciels soumis à 20 %, cela représente 2 400 € de TVA récupérable.
Le sujet est plus subtil si tu travailles avec des particuliers ou des associations non récupératrices. Dans ce cas, la TVA peut augmenter ton prix final. Le guide TVA freelance détaille les seuils, les déclarations et les réflexes de facturation.
Quels régimes fiscaux se cachent derrière l’EI au réel ?
Dire “EI au réel” ne suffit pas. Il faut distinguer ton type d’activité.
BNC : la déclaration contrôlée
La majorité des freelances du conseil, du développement, du design, de la rédaction, de la formation ou de l’accompagnement relèvent des BNC, les bénéfices non commerciaux.
Au réel, le régime s’appelle la déclaration contrôlée. Tu déclares ton bénéfice via une déclaration 2035. Selon Service-public Entreprendre, le micro-entrepreneur BNC peut opter pour ce régime dans le délai prévu pour le dépôt de la déclaration de résultats de l’année concernée.
En pratique, tu dois tenir une comptabilité de trésorerie : recettes encaissées, dépenses payées, immobilisations, justificatifs. Ce n’est pas une comptabilité de société avec assemblée générale et dépôt des comptes, mais ce n’est plus la micro.
BIC : réel simplifié ou réel normal
Les activités commerciales, artisanales ou certaines prestations relevant des BIC ont deux régimes réels possibles : le réel simplifié et le réel normal.
Pour les revenus 2026 déclarés en 2027, Service-public Entreprendre indique que le réel simplifié s’applique aux prestations de services BIC entre 83 600 € et 286 000 € de CA HT. Au-delà, le réel normal s’applique. Pour les activités de vente, le réel simplifié couvre la tranche entre 83 600 € et 945 000 € de CA HT.
Le réel simplifié allège certaines obligations, notamment les tableaux fiscaux. Le réel normal demande une comptabilité plus détaillée.
Pour un freelance classique en prestation intellectuelle, tu seras souvent en BNC. Mais ne devine pas. Ton code APE ne suffit pas toujours à trancher. En cas de doute, demande à ton SIE ou à ton expert-comptable.
Sortie automatique ou option volontaire
Tu peux arriver au réel de deux façons.
Première possibilité : tu dépasses les plafonds micro dans les conditions prévues. Tu bascules automatiquement.
Deuxième possibilité : tu optes volontairement pour le réel, même si tu restes sous les seuils. C’est utile quand tes charges sont supérieures à l’abattement micro ou quand tu veux structurer l’activité avant une croissance attendue.
L’option est une décision fiscale. Ne la coche pas parce qu’un outil te le propose. Fais une simulation sur 12 mois avec ton CA, tes charges, ta TVA, ton impôt et tes cotisations.
Comment basculer concrètement ?
Si tu es déjà micro-entrepreneur, tu ne “crées” généralement pas une nouvelle entreprise. Tu demandes ou subis un changement de régime fiscal. Tu conserves ton SIRET, mais tu dois adapter ton espace professionnel impots.gouv.fr, ton outil de facturation, ton suivi comptable et ta manière de provisionner.
En BNC, Service-public précise que l’option pour la déclaration contrôlée se fait dans le délai prévu pour le dépôt de la déclaration de résultats de l’année concernée. En pratique, ton expert-comptable ou ton logiciel te guidera vers la déclaration 2035 et ses annexes, puis vers la déclaration complémentaire 2042 C pro dans ta déclaration personnelle.
En BIC, le passage au réel simplifié ou au réel normal dépend du niveau de chiffre d’affaires et du régime choisi. La déclaration passe par une 2031 et ses annexes. Les dépôts se font par voie dématérialisée, soit en EFI depuis ton espace professionnel, soit en EDI via un logiciel ou un mandataire.
Si tu démarres directement en EI au réel, la création passe par le guichet unique de l’INPI. La différence avec une société reste majeure : pas de statuts, pas de capital social, pas d’annonce légale. Mais tu dois choisir correctement ton activité, ton régime fiscal, ton régime de TVA et ton mode de déclaration dès le départ.
Le réel ne commence pas le jour où tu fais ton premier tableau Excel. Il commence le jour où tes options fiscales, ta TVA et ta comptabilité sont cohérentes ensemble.
L’option IS de l’entrepreneur individuel : utile ou dangereuse ?
Depuis la réforme du statut unique de l’entrepreneur individuel, l’EI peut opter pour l’impôt sur les sociétés. Techniquement, l’entrepreneur individuel demande à être assimilé fiscalement à une EURL, ce qui vaut option pour l’IS.
Ton statut juridique ne change pas. Tu restes entrepreneur individuel. Mais fiscalement, ton entreprise fonctionne davantage comme une société soumise à l’IS.
Comment fonctionne l’assimilation à une EURL ?
L’option doit être notifiée à l’administration avant la fin du troisième mois de l’exercice au titre duquel tu veux être soumis à l’IS. C’est confirmé par impots.gouv.fr et par le BOFiP dans la doctrine sur les entrepreneurs individuels.
Une fois l’option exercée, le bénéfice n’est plus imposé directement dans ton foyer fiscal à l’IR. L’entreprise paie l’IS sur son résultat. Ce que tu prélèves comme rémunération est imposé dans ta déclaration personnelle et déductible du résultat imposable de l’entreprise.
Des dividendes deviennent possibles fiscalement, mais attention : l’EI n’a pas de capital social comme une société. La mécanique peut vite devenir technique, notamment sur l’assiette sociale et les plus-values latentes.
L’option IS en EI n’est pas un bouton magique. C’est une restructuration fiscale qui mérite une simulation sérieuse.
Le délai de renonciation et l’irréversibilité
Le point à ne pas rater : l’option pour l’IS peut devenir irrévocable.
Le BOFiP précise que les entreprises individuelles ayant opté peuvent renoncer à l’IS jusqu’au cinquième exercice suivant celui au titre duquel l’option a été exercée. Sans renonciation dans ce délai, l’option devient irrévocable. La renonciation doit être exercée au plus tard à la fin du mois précédant la date limite de versement du premier acompte d’IS de l’exercice concerné.
En clair : tu as une fenêtre de sortie, mais elle se referme.
Quand l’IS peut avoir du sens
L’IS peut être intéressant si tu ne consommes pas tout le bénéfice pour vivre. Par exemple, tu factures 150 000 €, tu as 35 000 € de charges, tu as besoin de 55 000 € pour ton train de vie, et tu veux laisser le surplus dans l’activité pour investir.
À l’IR, le bénéfice entier remonte dans ton foyer fiscal, même si tu ne l’as pas retiré. À l’IS, l’entreprise paie l’impôt sur son résultat, puis tu choisis ta rémunération. Cela peut lisser ton imposition.
Mais si tu prélèves chaque euro disponible pour vivre, l’IS perd souvent de son intérêt. Tu ajoutes de la complexité sans forcément gagner.
Les pièges pour un freelance
Le premier piège consiste à comparer uniquement le taux d’IS avec ta tranche marginale d’IR. C’est incomplet. Il faut intégrer les cotisations sociales, la rémunération, les dividendes, la CFE, la TVA, les frais comptables, les plus-values et ta stratégie de sortie.
Le deuxième piège consiste à utiliser l’option IS comme une “fausse société”. Si ton besoin réel est de faire entrer un associé, de céder une partie de ton activité, d’obtenir une meilleure crédibilité bancaire ou de préparer une levée, crée plutôt une EURL ou une SASU.
Le troisième piège, c’est l’irréversibilité à terme. Une mauvaise option peut rester longtemps dans ton paysage fiscal.
Comment te payer en EI au réel ?
En EI au réel, tu ne te verses pas un salaire au sens juridique. Il n’y a pas de bulletin de paie. Il n’y a pas de contrat de travail entre toi et ton entreprise.
Tu fais des prélèvements personnels.
Ton compte professionnel encaisse les clients et paie les dépenses. Quand la trésorerie le permet, tu transfères une somme vers ton compte personnel. Ce transfert n’est pas une charge déductible. Il ne réduit pas ton bénéfice.
Le revenu qui sert de base fiscale et sociale, c’est le bénéfice professionnel, pas le montant exact de tes virements personnels.
Exemple :
| Élément | Montant |
|---|---|
| Recettes HT encaissées | 90 000 € |
| Charges professionnelles | 18 000 € |
| Bénéfice avant cotisations | 72 000 € |
| Cotisations TNS estimatives | ~23 000 à 25 000 € |
| Revenu disponible avant IR | ~47 000 à 49 000 € |
Les cotisations TNS tournent souvent autour de 45 % du revenu net, ce qui représente plutôt 30 à 35 % du bénéfice avant cotisations dans beaucoup de simulations. Ce taux reste une approximation utile pour piloter ta trésorerie, avec des variations selon ton activité, ton revenu et les régularisations. L’Urssaf rappelle que les travailleurs indépendants déclarent leurs revenus via la déclaration sociale et fiscale, utilisée pour calculer cotisations et contributions. Pour tester tes propres hypothèses, le simulateur de revenus freelance donne une première base avant échange avec un expert-comptable.
En EI au réel, ton virement personnel ne pilote pas l’impôt. C’est le bénéfice qui pilote l’impôt et les cotisations.
Ma règle de prudence : tant que la régularisation sociale n’est pas stabilisée, je ne considère pas l’argent du compte pro comme disponible à 100 %. Une activité peut être rentable sur le papier et tendue en trésorerie si les acomptes arrivent au mauvais moment.
Une méthode simple :
- Garde la TVA collectée à part si tu y es soumis.
- Mets de côté 30 à 35 % du bénéfice estimé pour les cotisations, puis ajuste avec ton simulateur Urssaf ou ton expert-comptable.
- Mets de côté ton impôt sur le revenu selon ta tranche.
- Verse-toi une somme fixe mensuelle.
- Ajuste une fois par trimestre, pas au hasard après chaque encaissement.
Quelles obligations comptables prévoir ?
L’EI au réel demande de la discipline. Tu peux techniquement tenir ta comptabilité seul, mais ce n’est pas le bon endroit pour improviser si les montants deviennent sérieux. Le guide comptabilité freelance pose les bases si tu veux repartir d’un système propre.
Pour une activité BNC en déclaration contrôlée, tu dois notamment suivre tes recettes, tes dépenses, tes immobilisations et produire une déclaration 2035. Pour une activité BIC au réel, tu produis une déclaration 2031 et ses annexes, avec une comptabilité plus commerciale.
En pratique, attends-toi à gérer :
- Un livre-journal des recettes et dépenses.
- Un grand livre ou un export comptable structuré selon ton régime.
- Un registre des immobilisations et amortissements.
- Une liasse fiscale annuelle.
- Une déclaration 2035 en BNC ou 2031 en BIC.
- Un FEC, fichier des écritures comptables, en cas de contrôle si tu tiens une comptabilité informatisée.
- La conservation des justificatifs pendant les délais légaux.
Le risque n’est pas seulement fiscal. Le risque, c’est de piloter ton activité avec trois mois de retard. Quand tu ne sais pas où tu en es, tu acceptes des décisions au feeling : achat de matériel, sous-traitance, augmentation de tarif, passage en société.
Pour déléguer sans perdre la main, un cabinet en ligne comme DougsAvantage partenaire1 mois offert peut gérer la comptabilité d’une EI au réel, d’une EURL ou d’une SASU. Si tu préfères automatiser une partie de la déclaration BNC et garder un outil orienté indépendant, IndyAvantage partenaire1 mois offert est aussi positionné sur les freelances au réel.
Le budget varie selon le niveau d’accompagnement. Pour une EI au réel, prévois souvent entre 50 et 150 € par mois pour un outil ou un accompagnement léger, et davantage si tu veux un expert-comptable qui sécurise tout.
Comment gérer la TVA en EI au réel ?
Le régime réel d’imposition des bénéfices et la TVA sont deux sujets différents. Tu peux être en EI au réel et rester en franchise de TVA si ton chiffre d’affaires est sous les seuils et si tu n’as pas opté pour la TVA.
Mais beaucoup de freelances au réel deviennent aussi redevables de la TVA, soit parce qu’ils dépassent les seuils, soit parce qu’ils optent volontairement.
Franchise, option volontaire ou assujettissement
Si tu restes en franchise, tu ne factures pas la TVA et tu ne la récupères pas. Tes factures doivent mentionner “TVA non applicable, article 293 B du CGI”.
Si tu optes pour la TVA ou si tu dépasses les seuils, tu factures la TVA à tes clients, tu la déclares, puis tu reverses la différence entre TVA collectée et TVA déductible.
Exemple simple :
| Élément | Montant |
|---|---|
| Factures clients HT | 80 000 € |
| TVA collectée à 20 % | 16 000 € |
| Achats HT | 18 000 € |
| TVA déductible à 20 % | 3 600 € |
| TVA nette à reverser | 12 400 € |
La TVA collectée ne t’appartient pas.
CA3 ou CA12
Deux régimes de déclaration reviennent souvent.
Au régime réel simplifié de TVA, tu paies généralement des acomptes et tu régularises avec une déclaration annuelle CA12. Au régime réel normal, tu déclares plus fréquemment, souvent avec des CA3 mensuelles ou trimestrielles selon ta situation.
La bonne option dépend de ton volume de TVA, de ta trésorerie et de ton besoin de récupérer rapidement la TVA sur tes achats. Si tu investis fortement en début d’année, une déclaration plus fréquente peut être plus confortable. Pour vérifier un montant collecté, déductible ou à reverser, la calculatrice TVA évite les erreurs de base.
Quel régime social pour un freelance en EI au réel ?
En EI au réel, tu restes travailleur non salarié. Tu ne deviens pas assimilé salarié comme en SASU. Tes cotisations financent notamment l’assurance maladie, les indemnités journalières sous conditions, la retraite de base, la retraite complémentaire, les allocations familiales, la CSG-CRDS et la formation professionnelle.
La base de calcul dépend de ton cadre fiscal. À l’IR, les cotisations sont calculées sur ton revenu professionnel, donc sur le bénéfice de l’activité après charges. Si tu optes pour l’IS, la logique change : la rémunération entre dans l’assiette, et une partie des dividendes peut aussi être soumise aux cotisations sociales selon les règles applicables.
C’est un point souvent sous-estimé dans les comparatifs. En SASU, les cotisations sur salaire sont plus élevées, mais la protection sociale ressemble davantage à celle d’un salarié, hors assurance chômage. En EI au réel et en EURL, tu es dans l’univers TNS : cotisations plus contenues, mais couverture à compléter selon ton risque personnel.
Il faut donc regarder trois sujets avant de choisir :
- Ta prévoyance, surtout si ton revenu dépend de ta capacité à travailler.
- Ta retraite, car les droits ne se lisent pas seulement dans le taux de cotisation.
- Ton absence d’assurance chômage classique, sauf dispositifs spécifiques très encadrés ou assurance privée.
Choisir l’EI au réel, ce n’est pas seulement comparer des impôts. C’est aussi choisir une protection sociale.
Ton patrimoine personnel est-il protégé ?
Depuis le 15 mai 2022, l’entrepreneur individuel bénéficie d’une séparation automatique entre patrimoine professionnel et patrimoine personnel. Service-public Entreprendre explique que les créanciers professionnels peuvent en principe saisir uniquement les biens utiles à l’activité professionnelle.
Cela protège mieux qu’avant. Ce n’est pas anodin.
Mais ne confonds pas cette protection avec une bulle hermétique. Il existe des limites pratiques.
Un créancier peut avoir accès à ton patrimoine personnel dans certains cas : fraude, manquements fiscaux ou sociaux graves, renonciation volontaire à la protection pour obtenir un financement, garanties personnelles données à une banque, dettes non professionnelles. Ton compte bancaire professionnel, ton matériel, tes créances clients et tout ce qui est utile à l’activité restent dans le patrimoine professionnel.
La séparation des patrimoines protège mieux l’entrepreneur individuel. Elle ne remplace pas une gestion prudente du risque.
Si ton activité porte un risque juridique élevé, si tu manipules des budgets clients importants ou si tu signes des engagements lourds, la question de la société et de l’assurance revient vite. Le guide sur l’assurance RC Pro freelance peut compléter cette réflexion.
Combien coûte réellement l’EI au réel ?
Le coût de l’EI au réel ne vient pas d’une création. Si tu es déjà en micro-entreprise, tu n’as pas de statuts à rédiger, pas de capital à déposer, pas d’annonce légale.
Les coûts viennent du fonctionnement.
| Poste | Ordre de grandeur 2026 |
|---|---|
| Option ou sortie vers le réel | 0 € |
| Compte bancaire dédié | 0 à 30 €/mois |
| Logiciel de comptabilité | 10 à 50 €/mois |
| Expert-comptable ou accompagnement | 50 à 200 €/mois selon complexité |
| CFE | variable selon commune et CA |
| Temps administratif | 2 à 5 h/mois si tu es organisé |
Le coût caché, c’est la trésorerie. Les cotisations ne se comportent plus comme en micro, où tu déclares ton CA et paies selon un taux lisible. Au réel, les cotisations sont calculées sur le revenu professionnel, avec des acomptes et des régularisations.
Si tu ne provisionnes pas, tu peux avoir l’impression de très bien gagner ta vie pendant six mois, puis recevoir une régularisation qui efface ton confort.
Simulations : trois cas de freelances
Ces simulations sont volontairement simplifiées. Elles donnent un ordre de grandeur avant impôt sur le revenu, avec une estimation TNS d’environ 30 à 35 % du bénéfice avant cotisations. Pour une décision réelle, utilise un simulateur et valide avec un professionnel.
Consultant BNC : 75 000 € de CA, 15 000 € de charges
Ce consultant est sous le plafond micro BNC de 83 600 €. Ses charges représentent 20 % du CA, donc moins que l’abattement micro de 34 %.
| Option | Résultat simplifié |
|---|---|
| Micro BNC | Cotisations sur CA, bénéfice imposable après abattement : 49 500 € |
| EI au réel | Bénéfice avant cotisations : 60 000 €, cotisations estimatives plus élevées |
| Lecture | La micro reste souvent compétitive |
Dans ce cas, passer au réel uniquement pour “faire plus sérieux” n’a pas beaucoup de sens. L’EI au réel peut se justifier si le consultant veut récupérer beaucoup de TVA ou préparer une sortie automatique, mais pas seulement pour optimiser.
Développeur : 110 000 € de CA, 18 000 € de charges
Ce développeur dépasse le plafond micro. Ses charges restent modérées, mais il n’a plus vocation à rester durablement en micro.
| Élément | Montant |
|---|---|
| CA HT | 110 000 € |
| Charges | 18 000 € |
| Bénéfice avant cotisations | 92 000 € |
| Cotisations TNS estimatives | ~29 000 à 32 000 € |
| Revenu avant IR | ~60 000 à 63 000 € |
L’EI au réel devient une option de continuité : pas de société à créer, pas de statuts, pas de capital. Mais à ce niveau, l’EURL et la SASU doivent aussi être simulées, surtout si le freelance veut lisser sa rémunération, laisser de la trésorerie ou renforcer sa crédibilité auprès de grands comptes. Le comparatif SASU ou EURL en freelance devient alors indispensable.
Designer : 85 000 € de CA, 32 000 € de charges
Ce designer paie du matériel, des logiciels, de la sous-traitance et des shootings. Ses charges représentent presque 38 % de son CA.
| Élément | Montant |
|---|---|
| CA HT | 85 000 € |
| Charges | 32 000 € |
| Bénéfice avant cotisations | 53 000 € |
| Cotisations TNS estimatives | ~16 500 à 18 500 € |
| Revenu avant IR | ~34 500 à 36 500 € |
Ici, le régime réel raconte mieux la réalité économique. La micro aurait ignoré une partie des frais si l’abattement applicable était inférieur aux charges réelles. La TVA récupérable peut aussi peser lourd si le designer renouvelle régulièrement son matériel.
Plus ton activité dépend d’achats, de sous-traitance ou de matériel, plus le réel mérite d’être regardé tôt.
EI au réel, EURL ou SASU : comment choisir ?
L’EI au réel est rarement une destination définitive pour tous les freelances. C’est souvent une bonne étape si ton activité reste solo, rentable et peu risquée.
| Question | EI au réel | EURL | SASU |
|---|---|---|---|
| Tu veux rester seul avec peu de formalisme | Très adapté | Possible, plus lourd | Possible, plus lourd |
| Tu veux une société distincte | Non | Oui | Oui |
| Tu veux optimiser avec dividendes | Limité, surtout avec option IS | Possible, mais dividendes vite soumis aux cotisations | Plus souple |
| Tu veux une protection sociale proche salarié | Non | Non | Oui |
| Tu veux minimiser les cotisations sur rémunération | Oui, profil TNS | Oui, profil TNS | Non |
| Tu veux préparer une croissance avec associés | Non | Transformation possible | Transformation possible |
Si tu veux surtout déduire tes charges et rester simple, l’EI au réel est cohérente.
Si tu veux une société avec un régime TNS, l’EURL est souvent plus lisible.
Si tu veux arbitrer salaire et dividendes, viser une protection sociale plus proche du salariat ou parler à des grands comptes qui préfèrent les sociétés, la SASU mérite une simulation. Le guide micro-entreprise ou SASU aide à poser le premier arbitrage.
Les erreurs fréquentes à éviter
La première erreur, c’est de passer au réel sans comptable ni outil fiable. Même si tu fais seul, il te faut un processus clair : banque séparée, justificatifs rangés, catégories stables, rapprochement mensuel.
La deuxième erreur, c’est de confondre chiffre d’affaires et bénéfice. En micro, tu peux vivre avec cette approximation pendant un temps. Au réel, elle devient dangereuse.
La troisième erreur, c’est d’oublier la TVA. Si tu encaisses 12 000 € TTC, tu n’as pas gagné 12 000 €. Une partie appartient à l’État.
La quatrième erreur, c’est de ne pas provisionner les cotisations. Le réel décale les paiements. Ce décalage crée des surprises si tu dépenses tout.
La cinquième erreur, c’est de cocher l’IS sans simulation. L’option peut être utile, mais elle transforme ton cadre fiscal.
La sixième erreur, c’est de garder un compte bancaire mélangé. Même quand la loi ne t’impose pas un compte professionnel classique, séparer les flux est une condition de survie administrative.
La méthode de décision en 5 questions
Avant de choisir, réponds à ces cinq questions dans l’ordre.
1. Ton CA dépasse-t-il durablement les plafonds micro ?
Si oui, l’EI au réel devient au minimum ton scénario de continuité. Tu dois ensuite comparer avec l’EURL et la SASU.
Si non, la micro reste possible. Le réel doit être justifié par les charges, la TVA ou l’organisation.
2. Tes charges réelles dépassent-elles l’abattement ?
Calcule ton ratio sur les 12 derniers mois. Ne compte pas seulement les grosses dépenses. Ajoute logiciels, assurance, banque, déplacements, coworking, sous-traitance, matériel amorti.
Si le ratio dépasse l’abattement applicable, simule le réel.
3. As-tu besoin d’une société ?
Tu as besoin d’une société si tu veux accueillir un associé, céder des titres, rassurer fortement un partenaire financier ou structurer une activité qui dépasse ta personne.
Si tu vends simplement ton expertise en solo, l’EI au réel peut suffire.
4. Ton risque juridique est-il élevé ?
Plus tes contrats sont sensibles, plus tu engages de montants, plus tu dois sécuriser. Assurance, clauses contractuelles, société, garanties : tout se regarde ensemble.
5. Quelle stratégie de rémunération veux-tu ?
Si tu veux tout prélever pour vivre, l’EI au réel ou l’EURL peuvent être cohérentes.
Si tu veux laisser du résultat dans la structure, investir, puis arbitrer rémunération et dividendes, regarde l’IS, l’EURL et la SASU avec un expert-comptable.
Conclusion : l’EI au réel est un outil, pas un statut par défaut
L’entreprise individuelle au réel est souvent l’alternative oubliée entre micro-entreprise, EURL et SASU. Elle peut te permettre de déduire tes charges, de gérer la TVA proprement et de continuer sans créer de société.
Mais elle n’a rien d’automatique. Elle ajoute de la comptabilité, des déclarations, des régularisations sociales et des arbitrages fiscaux. Elle demande une discipline que la micro-entreprise ne t’impose pas.
Ta prochaine action est simple : prends tes 12 derniers mois de chiffre d’affaires, additionne tes charges réelles, identifie ta TVA, puis compare quatre scénarios : micro, EI au réel, EURL, SASU. Si l’EI au réel gagne, tu as peut-être trouvé la marche intermédiaire qui t’évitera une société créée trop tôt.
Questions fréquentes
Faut-il créer une société pour passer au réel ? +
Non. Tu peux rester entrepreneur individuel et passer au régime réel. Tu ne crées pas de société, tu ne rédiges pas de statuts et tu ne déposes pas de capital. Tu changes surtout de régime fiscal et comptable.
Peut-on être en EI au réel et récupérer la TVA ? +
Oui. Une EI au réel peut être redevable de la TVA si elle dépasse les seuils ou si elle opte volontairement pour la TVA. Elle peut alors récupérer la TVA sur ses achats professionnels, à condition que les dépenses soient justifiées et liées à l’activité.
L’EI au réel protège-t-elle le patrimoine personnel ? +
Depuis le 15 mai 2022, l’entrepreneur individuel bénéficie d’une séparation automatique entre patrimoine personnel et patrimoine professionnel. Cette protection a des limites, notamment en cas de fraude, de dettes personnelles, de garanties données à une banque ou de renonciation volontaire.
Peut-on opter pour l’IS en entreprise individuelle ? +
Oui. L’entrepreneur individuel peut demander son assimilation fiscale à une EURL, ce qui vaut option pour l’impôt sur les sociétés. L’option doit être notifiée dans les délais et peut devenir irrévocable si aucune renonciation n’est exercée dans la fenêtre prévue.
Faut-il un expert-comptable en EI au réel ? +
Ce n’est pas toujours légalement obligatoire, mais c’est fortement recommandé dès que les montants deviennent significatifs. La déclaration 2035 ou 2031, la TVA, les immobilisations et le FEC demandent une rigueur constante.
Comment déclarer ses revenus en EI au réel ? +
En BNC, tu déclares ton résultat avec une déclaration 2035. En BIC, tu déclares généralement avec une 2031 et ses annexes. Les revenus servent aussi au calcul des cotisations sociales des travailleurs indépendants via la déclaration sociale et fiscale.
Quelle différence entre EI au réel et EURL ? +
L’EI au réel reste une entreprise individuelle, sans personnalité morale distincte. L’EURL est une société avec statuts, capital, Kbis et règles de fonctionnement propres. Les deux peuvent fonctionner avec un régime social TNS, mais l’EURL apporte un cadre sociétaire plus structuré.
Quand faut-il basculer vers une EURL ou une SASU ? +
Bascule vers une société si tu as besoin d’un cadre plus structuré : associé futur, cession, contrats plus risqués, stratégie salaire-dividendes, crédibilité grand compte ou volonté de séparer plus nettement ton activité de ta personne.
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