Quand j’ai dépassé 70 000 € de chiffre d’affaires en micro-entreprise, j’ai paniqué. Je me suis retrouvé à googler “fermer micro créer SASU” un dimanche soir, persuadé que j’allais perdre mon statut le lendemain. En réalité, j’avais encore de la marge - mais personne ne m’avait expliqué les règles clairement.
Si tu lis cet article, tu es probablement dans la même situation. Ton activité décolle, les plafonds se rapprochent, et tu te demandes s’il faut basculer. Bonne nouvelle : tu as le temps de faire les choses bien.
On va voir ensemble les signaux qui indiquent qu’il est temps de quitter la micro-entreprise, les deux options qui s’offrent à toi (régime réel en EI ou SASU), et les démarches concrètes pour chaque scénario. Si tu hésites encore entre les deux statuts, commence par lire notre comparatif micro-entreprise vs SASU.
Pourquoi quitter la micro-entreprise ?
La micro-entreprise est parfaite pour démarrer. Mais elle a des limites structurelles qui finissent par te coûter de l’argent. Voici les cinq signaux qui doivent t’alerter.
Le plafond de CA approche
En 2026, le plafond de chiffre d’affaires pour les prestations de services (BNC) est de 83 600 € par an. Si tu le dépasses deux années consécutives, tu bascules automatiquement au régime réel l’année suivante.
Un dépassement ponctuel sur une seule année ne te fait pas perdre le statut. Mais si tu es régulièrement au-dessus de 70 000 €, il vaut mieux anticiper plutôt que subir la bascule.
Si tu factures plus de 70 000 € par an en micro, il est temps de te poser la question - pas quand l’URSSAF te l’imposera.
Tes charges réelles dépassent l’abattement forfaitaire
En micro-entreprise BNC, tu bénéficies d’un abattement forfaitaire de 34 % sur ton CA pour le calcul de l’impôt. Autrement dit, l’administration considère que tes frais représentent 34 % de ce que tu factures.
Si tes charges réelles (matériel, logiciels, coworking, déplacements, formations, sous-traitance) dépassent ces 34 %, tu paies de l’impôt sur de l’argent que tu n’as jamais gagné. Au régime réel, tu déduis tes charges au centime près.
Prenons un exemple. Tu factures 60 000 € et tes charges réelles sont de 25 000 €. En micro, ton bénéfice imposable est de 39 600 € (60 000 - 34 %). Au réel, il serait de 35 000 €. La différence de 4 600 € imposable peut représenter plus de 1 000 € d’impôt en moins selon ta tranche.
Tu veux récupérer la TVA
En micro, tu es en franchise de TVA sous 37 500 € de CA (seuil 2026). Au-delà, tu la factures mais le système reste simple. Le problème, c’est que tu ne récupères la TVA sur tes achats qu’à partir du moment où tu la collectes.
Si tu investis beaucoup (matériel informatique, mobilier, formation), le régime réel te permet de récupérer la TVA sur toutes tes dépenses professionnelles. Sur un MacBook Pro à 3 000 € TTC, c’est 500 € de TVA récupérée. Pour tout comprendre sur la TVA en freelance, consulte notre guide complet.
La TVA récupérable, c’est l’avantage invisible du régime réel. Sur une année, ça peut représenter plusieurs milliers d’euros.
Tu as besoin d’une meilleure protection sociale
En micro-entreprise, les cotisations sociales représentent environ 25,6 % de ton CA en 2026 pour les BNC. Ces cotisations te donnent une couverture minimale : pas de droit au chômage, une retraite limitée.
En SASU, tu es assimilé salarié. Tu cotises plus (environ 75 à 80 % de charges sur ta rémunération), mais tu bénéficies du régime général : meilleure retraite, prévoyance, et surtout la possibilité de cumuler avec l’ARE si tu quittes un CDI.
Tu veux embaucher ou lever des fonds
La micro-entreprise est une entreprise individuelle. Tu ne peux pas avoir d’associés, tu ne peux pas émettre de parts sociales, et recruter un salarié en micro est techniquement possible mais peu pratique.
Si ton ambition est de structurer une équipe ou de faire entrer un investisseur, la SASU est le seul véhicule adapté.
Régime réel en EI vs SASU - que choisir ?
C’est la question centrale. Quand tu quittes la micro, deux chemins s’ouvrent.
Rester en entreprise individuelle au régime réel
Tu gardes ton numéro SIRET, ton statut d’entrepreneur individuel. Seul le régime fiscal change : tu passes de l’abattement forfaitaire à la déduction des charges réelles.
Les avantages :
- Aucune formalité de création - tu gardes ta structure existante
- Comptabilité simplifiée (régime réel simplifié)
- Cotisations sociales calculées sur le bénéfice réel (environ 43 à 45 % du bénéfice)
- Pas de frais de constitution
Les limites :
- Toujours en entreprise individuelle - pas d’associés possibles
- Pas d’optimisation salaire/dividendes
- Imposition à l’IR sur la totalité du bénéfice (possibilité d’opter pour l’IS depuis 2022)
Créer une SASU
Tu fermes ta micro-entreprise et tu crées une société. C’est un changement de structure complet.
Les avantages :
- Déduction de toutes les charges réelles
- Optimisation fiscale salaire + dividendes (flat tax à 31,4 % en 2026)
- Statut assimilé salarié (régime général)
- Possibilité d’embaucher et de lever des fonds
- Crédibilité renforcée auprès de certains clients grands comptes
Les limites :
- Coût de création : 300 à 800 € (statuts, annonce légale à 142 € HT, immatriculation)
- Expert-comptable quasi indispensable : 100 à 300 €/mois
- Charges sociales plus élevées sur la rémunération
- Comptabilité plus lourde (bilan, liasse fiscale)
Le régime réel en EI, c’est le juste milieu. Tu déduis tes charges sans la lourdeur d’une société. Pour beaucoup de freelances, c’est la bonne étape avant la SASU.
Le comparatif chiffré à 80 000 € de CA
Pour rendre les choses concrètes, comparons les trois options pour un freelance IT qui facture 80 000 € avec 15 000 € de charges réelles.
Micro-entreprise : cotisations sociales de 25,6 % sur le CA = 20 480 €. Bénéfice imposable après abattement 34 % = 52 800 €. Pas de déduction des 15 000 € de charges réelles. Revenu net estimé avant IR : environ 44 500 €.
EI au réel : cotisations sociales d’environ 43 % sur le bénéfice (80 000 - 15 000 = 65 000 €) = environ 27 950 €. Bénéfice imposable = 65 000 - 27 950 = 37 050 €. Revenu net estimé avant IR : environ 37 050 €. Les cotisations sont plus élevées, mais elles ouvrent plus de droits sociaux.
SASU : avec un salaire net de 3 000 €/mois (36 000 €/an, coût employeur environ 63 500 €), le résultat distribuable est d’environ 1 200 € après IS. Les dividendes sont taxés à 31,4 %. Revenu net total estimé : environ 36 800 €. Moins rentable à ce niveau, mais meilleure protection sociale.
À 80 000 € de CA avec peu de charges, la micro reste souvent compétitive. L’avantage du réel se concrétise quand les charges réelles dépassent l’abattement de 34 %, ou quand le CA dépasse les plafonds.
Ne bascule pas en SASU uniquement pour “faire pro”. Bascule quand les chiffres le justifient.
Comment basculer au régime réel en restant en EI
Le basculement automatique
Si tu dépasses le plafond de 83 600 € (BNC) pendant deux années consécutives, tu bascules automatiquement au régime réel simplifié au 1er janvier de l’année suivante. Tu n’as rien à faire - l’administration fiscale te notifie.
Attention : le basculement automatique peut te prendre au dépourvu si tu n’as pas anticipé la tenue d’une comptabilité au réel. C’est pourquoi il vaut mieux agir avant.
Le basculement volontaire
Tu peux opter volontairement pour le régime réel à tout moment, même si tu es sous les seuils. Il suffit d’envoyer une demande d’option au service des impôts des entreprises (SIE) dont tu dépends, avant le 1er février de l’année pour laquelle tu souhaites que l’option s’applique.
L’option est valable pour un an et se renouvelle tacitement. Tu peux revenir au micro l’année suivante si tu restes sous les seuils.
Les démarches :
- Identifie ton SIE sur impots.gouv.fr
- Envoie un courrier recommandé ou un message via ta messagerie sécurisée sur impots.gouv.fr
- Indique que tu optes pour le régime de la déclaration contrôlée (BNC) ou le régime réel simplifié (BIC)
- Mets en place un suivi comptable : livre des recettes et des dépenses, registre des immobilisations
Un outil comme Freebe peut t’accompagner dans cette transition si tu restes en EI - il gère aussi bien le micro que le réel.
Comment passer de la micro à la SASU
Si le régime réel en EI ne suffit pas et que tu veux créer une société, voici les étapes.
Étape 1 : Créer la SASU
La création prend généralement 2 à 3 semaines. Voici le parcours :
- Rédiger les statuts : seul (modèles en ligne) ou avec un avocat/expert-comptable. Budget : 0 à 500 €
- Déposer le capital social : 1 € minimum, mais 500 à 1 000 € recommandés pour la crédibilité
- Publier l’annonce légale : 142 € HT en métropole (tarif 2026)
- Immatriculer sur le guichet unique INPI : compter 1 à 3 semaines pour recevoir le Kbis
J’ai utilisé un service juridique en ligne pour créer ma structure. 300 € tout compris, statuts rédigés en 48 h. Le plus long, c’est d’attendre le Kbis.
Étape 2 : Transférer l’activité
Une fois ta SASU immatriculée, tu dois transférer le fonds de commerce de ton EI vers la SASU. Deux options :
- L’apport : tu apportes le fonds en échange de parts sociales. Pas de fiscalité immédiate, mais formalités plus lourdes
- La cession : tu vends le fonds à ta SASU. Plus simple, mais attention à la valorisation et à l’imposition de la plus-value éventuelle
En pratique, pour la plupart des freelances qui n’ont pas de fonds de commerce significatif (pas de stock, pas de local), le transfert est simplement administratif. Tu informes tes clients du changement de structure et tu mets à jour tes devis et factures.
Étape 3 : Fermer la micro-entreprise
La fermeture se fait en ligne sur le guichet unique de l’INPI, dans les 30 jours suivant l’arrêt de l’activité.
N’oublie pas :
- Effectuer ta dernière déclaration de CA sur le site de l’URSSAF
- Déclarer les revenus de la micro sur ta prochaine déclaration d’impôt
- Conserver tes justificatifs pendant 10 ans
Le bon timing pour basculer
Le moment idéal dépend de ta situation. Voici une grille de décision simple.
Bascule au régime réel en EI si :
- Ton CA est stable entre 50 000 et 83 600 €
- Tes charges réelles dépassent 34 % de ton CA
- Tu veux déduire tes frais sans créer de société
- Tu veux tester le réel avant de passer en SASU
Bascule en SASU si :
- Ton CA dépasse régulièrement 80 000 €
- Tu veux optimiser avec le mix salaire/dividendes
- Tu as besoin d’une protection sociale renforcée
- Tu envisages de recruter ou de prendre un associé
- Tes clients grands comptes exigent une structure sociétaire
Reste en micro si :
- Ton CA est sous 60 000 € et tes charges sont faibles
- La simplicité administrative est ta priorité
- Tu démarres et tu n’as pas encore de visibilité sur ton activité
Le meilleur moment pour basculer, c’est quand tu y as pensé deux fois. Si la question revient, c’est que la réponse est probablement oui.
Le calendrier idéal
La bascule se fait idéalement au 1er janvier pour simplifier la comptabilité. Commence tes démarches en octobre-novembre de l’année précédente :
- Octobre : rendez-vous avec un expert-comptable pour simuler les scénarios
- Novembre : choix du statut cible et lancement des démarches (option au réel ou création SASU)
- Décembre : finalisation, mise en place de la comptabilité
- Janvier : démarrage sous le nouveau régime
Pour estimer précisément l’impact sur ta rémunération, commence par fixer tes tarifs en tenant compte du nouveau régime de charges.
Plan d’action pour passer du micro au réel sans stress
Tu es convaincu qu’il est temps de changer ? Voici ta checklist :
- Fais le calcul : compare ton imposition actuelle en micro avec une simulation au réel ou en SASU. Un expert-comptable propose souvent un premier rendez-vous gratuit
- Choisis ta cible : régime réel en EI (simple, réversible) ou SASU (plus de possibilités, plus de gestion)
- Anticipe le timing : vise le 1er janvier, commence tes démarches 2-3 mois avant
- Prépare la transition : préviens tes clients, mets à jour tes contrats et tes factures, choisis ton expert-comptable si tu passes en SASU
- Bascule et ajuste : les premiers mois au réel ou en SASU demandent un rodage. C’est normal
Le passage du micro au réel n’est pas un saut dans le vide. Des milliers de freelances le font chaque année. Avec les bons chiffres et un minimum de préparation, c’est une étape naturelle de la croissance de ton activité.
Questions fréquentes
Peut-on revenir en micro-entreprise après être passé au régime réel ? +
Oui, si ton CA repasse sous les seuils (83 600 € pour les BNC en 2026). Tu peux demander le retour au régime micro auprès de ton service des impôts. L'option prend effet au 1er janvier de l'année suivante.
Faut-il obligatoirement un expert-comptable au régime réel ? +
En EI au régime réel simplifié, ce n'est pas obligatoire mais fortement recommandé. En SASU, c'est quasi indispensable vu la complexité de la comptabilité (bilan, liasse fiscale, déclarations sociales). Budget : 100 à 300 €/mois.
Combien coûte le passage de micro à SASU ? +
Compter entre 300 et 800 € pour la création (statuts, annonce légale à 142 € HT, immatriculation). Ajouter le coût mensuel de l'expert-comptable (100-300 €/mois) et éventuellement un accompagnement juridique pour le transfert d'activité.
Que se passe-t-il si je dépasse le plafond micro une seule année ? +
Rien. Tu conserves le régime micro. La bascule automatique au régime réel ne se déclenche qu'après deux années consécutives de dépassement du plafond de 83 600 € (BNC) ou 203 100 € (vente).
Peut-on cumuler micro-entreprise et SASU pendant la transition ? +
Oui, pendant une courte période de transition (quelques semaines à un mois). Tu crées d'abord la SASU, tu transfères l'activité, puis tu fermes la micro. Les deux structures coexistent le temps du transfert.
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