Fixer ses tarifs est l’une des décisions les plus stressantes quand on se lance en freelance. Trop cher, tu fais fuir les clients. Pas assez cher, tu travailles pour rien.
Dans ce guide, je te donne une méthode concrète pour calculer ton TJM (Taux Journalier Moyen), l’adapter à ton marché, et surtout l’assumer face à tes clients. Parce que le problème de fond, ce n’est souvent pas le prix - c’est la confiance.
Pourquoi la plupart des freelances se bradent
Commençons par un constat : la majorité des freelances débutants fixent leurs tarifs trop bas. Et ce n’est pas un problème de marché - c’est un problème de perception.
Le syndrome de l’imposteur frappe presque tout le monde au démarrage. Tu te dis : « qui va payer 400 € par jour pour MOI ? ». Alors tu baisses tes prix pour « compenser » ton manque de légitimité perçue. C’est une erreur.
Un tarif trop bas envoie un signal négatif au client. Il se dit : « si c’est si peu cher, c’est qu’il n’est pas très bon ». Tu attires les clients les plus exigeants et les moins respectueux de ton travail. Et tu t’épuises pour un revenu qui ne couvre même pas tes charges.
Thomas, développeur freelance depuis 2019, se souvient : « Mon premier TJM était de 250 €. Je pensais que c’était raisonnable. Résultat : je travaillais 12 heures par jour, je n’avais aucune marge pour la prospection ou la formation, et mes clients me traitaient comme un exécutant. Le jour où j’ai doublé mon tarif, la qualité de mes clients s’est transformée. »
La méthode pour calculer ton TJM
Oublie la méthode « je regarde ce que font les autres et je m’aligne ». Ton TJM doit être calculé à partir de TES besoins. Voici la formule.
Étape 1 : Détermine ton revenu net souhaité
Combien veux-tu gagner net par mois ? Sois réaliste mais ambitieux. Si tu gagnais 3 000 € net en CDI, vise au moins le même montant, voire plus (tu n’as plus de congés payés ni de prime de licenciement).
Étape 2 : Ajoute les charges
En micro-entreprise ou en SASU, les charges ne sont pas les mêmes. En micro (BNC), ajoute 25,6% de charges sociales sur ton chiffre d’affaires (taux 2026). En SASU, compte environ 80% de charges sur ton salaire net. N’oublie pas l’impôt sur le revenu, la mutuelle, la prévoyance, et les frais professionnels (logiciels, matériel, coworking…).
Étape 3 : Calcule tes jours facturables
Une année compte environ 252 jours ouvrés. Retire tes congés (25 jours), les jours de prospection et d’administratif (40-50 jours), les jours de formation (10 jours), et les jours creux inévitables (10-15 jours). Il te reste environ 120 à 150 jours facturables.
Étape 4 : La formule
TJM = (Revenu net souhaité x 12 + charges annuelles totales) / nombre de jours facturables.
Par exemple, si tu vises 3 500 € net/mois en micro-entreprise avec 5 000 € de frais annuels : (3 500 x 12 + 14 450 de charges sociales + 5 000 de frais) / 140 jours = environ 440 €/jour.
Cette formule te donne ton TJM plancher - le minimum en dessous duquel tu ne dois jamais descendre. Ton TJM réel peut (et doit) être plus élevé, en fonction de la valeur que tu apportes au client. Pour faire le calcul directement avec tes chiffres, utilise notre simulateur de TJM freelance.
Les références de TJM par métier en 2026
Ces fourchettes sont indicatives et varient selon l’expérience, la spécialisation et la localisation. Elles te donnent un ordre de grandeur pour te situer.
Développement web et tech
- Développeur junior (0-2 ans) : 300 à 400 €/jour
- Développeur confirmé (3-5 ans) : 450 à 600 €/jour
- Développeur senior/expert (5+ ans) : 600 à 900 €/jour
- Spécialisations rares (blockchain, IA, data engineering) : 1 000 €/jour et plus
Pour les profils tech, consulte notre guide détaillé sur le TJM du développeur freelance avec des grilles par technologie et niveau.
Design et création
- UI/UX designer junior : 300 à 400 €/jour
- Designer confirmé : 400 à 600 €/jour
- Directeur artistique : 500 à 800 €/jour
- Brand designer spécialisé : 450 à 700 €/jour
Rédaction et content
- Rédacteur web généraliste : 200 à 350 €/jour
- Rédacteur SEO spécialisé : 300 à 500 €/jour
- Copywriter/concepteur-rédacteur : 400 à 600 €/jour
- Content strategist : 450 à 700 €/jour
Consulting et gestion de projet
- Chef de projet digital : 400 à 600 €/jour
- Product manager : 500 à 750 €/jour
- Consultant stratégie : 600 à 1 200 €/jour
Comment adapter ton TJM selon ton statut juridique ?
Ton statut juridique influence directement le tarif que tu dois afficher. Pas parce que la valeur de ton travail change - mais parce que les charges ne sont pas les mêmes.
Micro-entreprise (auto-entrepreneur)
En micro-entreprise BNC (prestations intellectuelles), tu paies 25,6% de charges sociales sur ton chiffre d’affaires brut en 2026. Pas de charges fixes : si tu ne factures pas, tu ne paies rien. C’est l’avantage principal de la micro.
Mais ce taux s’applique sur tout ce que tu encaisses, avant même de te payer. Pour toucher 3 000 € net, tu dois donc facturer environ 4 200 € HT. Ajoute tes frais professionnels (non déductibles en micro) et ton impôt sur le revenu, et tu comprends pourquoi un TJM trop bas est suicidaire en micro.
En micro, je n’ai pas le droit à l’erreur sur mon tarif. Chaque jour sous-facturé me coûte deux fois : en revenu perdu et en charges payées sans contrepartie.
SASU ou EURL
En SASU ou EURL, tu te verses un salaire ou une rémunération de gérant. Les charges sociales sont plus élevées en pourcentage (entre 75% et 80% du salaire net en SASU au régime assimilé salarié), mais tu bénéficies d’une meilleure protection sociale et tu peux optimiser via les dividendes.
Pour un revenu net de 3 000 €/mois en SASU, ton entreprise doit générer environ 60 000 à 70 000 € de CA annuel - soit un TJM de 430 à 500 € pour 140 jours facturés. Ce statut justifie souvent un TJM plus élevé pour amortir la complexité administrative et les cotisations plus fortes. Pour comparer micro-entreprise et SASU sur ton chiffre précis, utilise le simulateur de revenus freelance.
Portage salarial
Le portage salarial est une option de plus en plus choisie par les freelances qui veulent la sécurité du salariat sans créer leur propre structure. La société de portage prélève 5 à 10% de commission sur ton CA, plus les charges patronales et salariales (environ 45 à 50% du salaire brut). Résultat : ton TJM doit être environ 30 à 40% plus élevé qu’en micro pour un revenu net équivalent. Si tu vises 3 000 € net en portage, tu dois facturer autour de 600 à 700 €/jour.
Facturer au forfait ou au TJM ?
Le TJM est la norme dans beaucoup de secteurs, mais ce n’est pas toujours le meilleur modèle. Le forfait peut être beaucoup plus rentable si tu maîtrises bien ton temps.
Quand choisir le TJM
Privilégie le TJM pour les missions longues en régie (intégré chez le client), les projets dont le périmètre est flou ou susceptible d’évoluer, et quand le client insiste sur ce mode de facturation.
Quand choisir le forfait
Le forfait est idéal pour les projets bien définis (création de site, identité visuelle, audit…), quand tu es plus rapide que la moyenne (tu captures la valeur de ton expertise, pas juste ton temps), et pour les petits projets où facturer au jour n’a pas de sens.
Je facture au forfait dès que je peux. Pourquoi ? Parce que mon expertise me permet de faire en 2 jours ce qui prendrait 5 jours à quelqu’un de moins expérimenté. Si je facturais au TJM, je serais pénalisé pour être rapide. Au forfait, ma rapidité devient mon avantage.
Et le taux horaire dans tout ça ?
Le taux horaire (THM) s’obtient simplement en divisant ton TJM par le nombre d’heures que tu considères comme une journée de travail - généralement 7. Un TJM de 490 € donne un taux horaire d’environ 70 €.
Ce mode de facturation est surtout utilisé pour les petites interventions ponctuelles : une heure de conseil, une réunion de cadrage, un correctif urgent. Il peut paraître plus abordable pour le client (70 €/h sonne moins fort que 490 €/jour), mais reste cohérent avec ton TJM. L’inconvénient : tu dois suivre précisément ton temps et le détailler sur la facture. Pour des missions récurrentes ou des projets au long cours, le TJM ou le forfait restent plus pratiques.
Astuce : quand tu chiffres un forfait, estime le nombre de jours nécessaires et multiplie par ton TJM. Puis ajoute 20-30% de marge pour les imprévus. C’est ta base de négociation. Et pour émettre tes factures proprement, jette un œil aux meilleurs outils de facturation pour freelances.
Les erreurs classiques qui font sous-facturer
Même avec une bonne méthode de calcul, certains pièges reviennent systématiquement. Je les ai faits, je les ai vus chez d’autres. En les connaissant à l’avance, tu peux les éviter.
Aligner son tarif sur les concurrents sans se poser de questions. Regarder ce que font les autres est utile pour se situer, pas pour fixer son tarif. Si tu copies le TJM d’un concurrent, tu n’as aucune idée si ce tarif lui permet de vivre correctement. Utilise les grilles de référence comme repère, pas comme cible.
Oublier les temps non facturables. La prospection, la compta, les devis refusés, les relances, les formations - tout ça prend du temps. Un freelance qui facture 200 jours sur 365 est en réalité en train de se brûler. Les 120-150 jours facturables que j’évoque dans le calcul ci-dessus, c’est réaliste. Prends-les au sérieux.
Proposer une réduction avant qu’on te le demande. « Je peux faire 350 € au lieu de 400 € si vous démarrez ce mois-ci. » Tu viens de baisser ton prix sans négociation, et d’installer l’idée que ton tarif de départ était gonflé. N’anticipe jamais la négociation.
Confondre TJM HT et TJM TTC. Si tu es soumis à la TVA (au-delà des seuils de franchise en base), ton TJM de 500 € est hors taxe. Le client paie 600 € TTC (500 + 20% de TVA). Assure-toi que vos échanges sont clairs là-dessus dès le début pour éviter les mauvaises surprises.
Mon erreur de débutant : j’annonçais mon TJM sans préciser HT. Un client a découvert au moment du devis que le montant était 20% plus élevé qu’il pensait. Depuis, je précise systématiquement “HT” ou “TTC” dès le premier échange.
Comment annoncer et défendre ton prix
Le moment où tu annonces ton tarif est crucial. Voici les règles d’or pour le faire avec assurance.
Première règle : ne donne jamais ton prix en premier. Pose d’abord des questions pour comprendre le besoin, le contexte, le budget. Plus tu comprends la valeur que tu vas apporter, plus tu peux justifier ton tarif.
Deuxième règle : annonce ton prix et tais-toi. Ne le justifie pas immédiatement. Ne dis pas « c’est 500 € par jour, mais je peux descendre si c’est trop ». Annonce, et laisse le silence travailler.
Troisième règle : ne négocie jamais le prix, négocie le périmètre. Si le client veut payer moins, propose de réduire le scope. « Pour ce budget, je peux faire X et Y. Pour Z en plus, il faudra ajuster le tarif. »
Quatrième règle : sois prêt à dire non. Si un client ne peut pas payer ton tarif, ce n’est pas le bon client. Libère ton temps pour trouver des clients qui valorisent ton travail.
Le jour où j’ai appris à dire « non, ce n’est pas dans mon budget minimum », ma carrière de freelance a changé. Les clients qui respectent tes tarifs respectent aussi ton travail, tes délais, et ton expertise.
Quand et comment augmenter ses tarifs freelance
La règle simple : augmente tes tarifs au moins une fois par an, et à chaque nouvelle mission. L’inflation, ta montée en compétences et la demande du marché justifient une revalorisation régulière.
Pour les clients existants, préviens 1 à 2 mois à l’avance. Explique pourquoi (hausse des charges, évolution de ton expertise, alignement avec le marché). La plupart accepteront sans problème si la hausse est raisonnable (5 à 15%).
Pour les nouveaux clients, ne regarde pas en arrière. Chaque nouvelle mission est l’occasion de tester un tarif plus élevé. Si personne ne négocie, c’est que tu es encore trop bas.
Signe révélateur : si plus de 80% de tes prospects acceptent ton tarif sans négocier, tu es probablement en dessous du marché. Augmente de 10-20% et observe la réaction.
Questions fréquentes
Quel TJM pour un freelance débutant ? +
En tant que débutant, ton TJM plancher doit couvrir tes charges et ton revenu minimum, même si tu n'as pas encore de références clients. Selon ton métier, un junior démarre généralement entre 250 et 400 €/jour. L'erreur classique est de sous-facturer pour 'se faire un nom' : ça attire les mauvais clients et ça installe un tarif difficile à relever. Mieux vaut partir d'un tarif raisonnable dès le début, quitte à en obtenir moins dans un premier temps, et l'augmenter rapidement dès les premières missions réalisées.
Dois-je facturer la TVA sur mes prestations ? +
Si ton chiffre d'affaires annuel reste sous les seuils de franchise en base (37 500 € pour les prestations de services en 2026), tu n'es pas soumis à la TVA et tu l'indiques sur ta facture avec la mention 'TVA non applicable - art. 293 B du CGI'. Au-delà de ces seuils, tu dois collecter la TVA (20% pour la majorité des prestations intellectuelles) et la reverser à l'administration. Attention : dans ce cas, ton TJM affiché doit être clairement HT pour éviter les malentendus avec les clients. Pour tout comprendre sur les règles TVA en freelance, consulte notre [guide complet sur la TVA freelance](/articles/tva-freelance/).
Comment facturer les frais de déplacement ? +
Les frais de déplacement se facturent en sus du TJM, mais seulement s'ils ont été convenus à l'avance avec le client. Deux options : facturer les frais réels (billets de train, parking, hôtel) sur présentation des justificatifs, ou appliquer le barème kilométrique officiel de l'administration fiscale pour les déplacements en voiture. Mentionne-les dans ton devis dès le départ pour éviter tout litige - un client qui découvre des frais de déplacement sur la facture finale est rarement content.
Faut-il afficher ses tarifs sur son site ? +
C'est une question de positionnement. Afficher ton TJM ou une fourchette tarifaire filtre naturellement les clients hors budget avant même le premier échange - tu gagnes du temps et tu attires des prospects qualifiés. Ne pas afficher tes tarifs te permet de t'adapter à chaque projet et d'ouvrir la négociation sans ancrage. Les deux approches fonctionnent. Mon choix : indiquer une fourchette ('à partir de X €/jour') plutôt qu'un tarif fixe - ça positionne sans bloquer.
Peut-on modifier ses tarifs en cours de mission ? +
En cours de mission, ton tarif est fixé par le contrat ou le bon de commande signé. Tu ne peux pas le modifier unilatéralement. En revanche, si le périmètre de la mission évolue (tâches supplémentaires, délais étendus), tu peux et dois renégocier. Prévois-le explicitement dans ton contrat avec une clause de gestion des modifications de périmètre. Pour les missions au forfait, c'est indispensable : tout travail hors périmètre initial doit faire l'objet d'un avenant signé avant de démarrer.
Que faire si un client trouve mon tarif trop cher ? +
Commence par vérifier que le client a bien compris ce qu'il obtient pour ce tarif - parfois la négociation vient d'un problème de perception de la valeur, pas du budget. Si le budget est réellement inférieur à ton plancher, propose de réduire le périmètre (moins de livrables, délai plus long, moins de révisions) plutôt que de baisser ton tarif. Un tarif réduit pour le même périmètre t'engage dans une relation déséquilibrée dès le départ. Et si aucun compromis n'est possible, dis non : c'est souvent le meilleur investissement à long terme.
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