Quand j’ai reçu mon premier contrat via intermédiaire, j’ai surtout regardé le TJM, la durée et le nom du client final. La mission démarrait vite, tout semblait cadré, puis je suis tombé sur une clause de non-concurrence rédigée comme une interdiction générale de travailler avec presque tout le marché.
Tu connais peut-être cette scène. Tu reçois le contrat un vendredi soir, le client final a validé ton profil, puis tu arrives à l’article 12 : non-concurrence pendant 24 mois, interdiction de travailler avec le client final, pénalité de 50 000 € en cas de contournement. Est-ce que tu peux encore travailler pour un concurrent ? Est-ce que l’ESN peut t’empêcher de passer en direct ? Est-ce qu’une exclusivité totale est normale si la mission ne garantit que 3 jours par semaine ?
J’ai longtemps pensé que freelance voulait dire liberté totale. En réalité, c’est une liberté encadrée par des contrats. Une clause de non-concurrence freelance peut être légitime, mais elle peut aussi bloquer ton activité pendant des mois si elle est trop large. On va donc la décortiquer, clause par clause, avec une méthode simple : comprendre, mesurer le risque, négocier.
Étape 1 - Ne confonds pas les clauses restrictives
Les contrats mélangent souvent plusieurs notions dans le même paragraphe. C’est là que les ennuis commencent. Avant de négocier ton contrat de mission freelance, il faut nommer précisément ce que le client te demande.
La clause de non-concurrence
La clause de non-concurrence t’interdit d’exercer une activité concurrente à celle du client, de l’ESN, de l’agence ou parfois du client final. Elle peut s’appliquer pendant la mission, après la mission, ou les deux.
Exemple acceptable : tu interviens 6 mois sur la stratégie pricing d’une fintech, et le contrat t’interdit de réaliser la même mission pour deux concurrents nommés pendant 6 mois.
Exemple dangereux : tu es développeur freelance et le contrat t’interdit toute prestation informatique pour toute entreprise du secteur bancaire en France pendant 24 mois.
Une non-concurrence acceptable protège un risque précis. Une non-concurrence dangereuse t’empêche de vendre ton métier.
En droit français, la liberté contractuelle permet aux professionnels d’organiser librement leur contrat, dans les limites fixées par la loi et l’ordre public (article 1102 du Code civil). Cela ne veut pas dire que tout est valable. Les analyses juridiques convergent sur trois critères : limitation dans le temps, limitation du périmètre et proportionnalité à l’intérêt légitime protégé.
La clause de non-sollicitation
La non-sollicitation n’interdit pas toute concurrence. Elle interdit de solliciter directement une personne ou une entreprise liée à la relation commerciale.
Dans une mission via ESN, elle peut viser deux relations :
- toi, qui t’engages à ne pas démarcher le client final pendant une période donnée ;
- le client final, qui s’engage auprès de l’ESN à ne pas te recruter ou contractualiser directement avec toi.
Cette distinction est importante. Sur les forums Free-Work, les cas de freelances bloqués par une ESN tournent souvent autour de cette double clause : celle signée entre le freelance et l’ESN, puis celle signée entre l’ESN et le client final.
Même si ton propre contrat est assoupli, le client final peut rester lié par son contrat avec l’intermédiaire.
La clause d’exclusivité
L’exclusivité t’interdit de travailler pour d’autres clients pendant la mission. Elle est beaucoup plus lourde qu’une non-sollicitation, parce qu’elle touche ton chiffre d’affaires immédiat.
Une exclusivité peut se comprendre si le client réserve 100 % de ton temps, paie un volume garanti et te donne accès à des informations sensibles. Elle devient problématique si elle est totale, non rémunérée et sans engagement de volume.
Exemple : un client te demande une exclusivité complète pendant 6 mois, mais ne s’engage que sur 8 jours par mois. Tu bloques ton activité pour un revenu partiel. Le risque est mal réparti.
La confidentialité
La confidentialité protège les informations sensibles : données clients, stratégie, code source, architecture, tarifs, méthodes internes. Elle est normale dans presque tous les contrats sérieux.
Le problème apparaît quand une clause de confidentialité sert à masquer une interdiction de travailler. “Le prestataire s’interdit d’utiliser toute compétence, connaissance ou méthode acquise pendant la mission” est trop large. Tu ne peux pas désapprendre ton métier à la fin d’une prestation.
Si la clause mélange confidentialité, livrables et cession de droits, relis aussi le guide sur la propriété intellectuelle en freelance. Une restriction commerciale ne doit pas avaler au passage tes droits sur ton travail.
Le conflit d’intérêts
Le conflit d’intérêts vise une situation précise : tu travailles pour deux clients dont les intérêts s’opposent directement. Par exemple, tu accompagnes deux entreprises concurrentes sur le même appel d’offres ou sur la même stratégie d’acquisition.
Cette clause est souvent plus équilibrée qu’une non-concurrence générale. Elle protège le client sans te fermer tout un marché.
Le non-débauchage
La clause de non-débauchage interdit de recruter les salariés, freelances ou sous-traitants de l’autre partie. Elle concerne les personnes, pas les clients.
Elle est fréquente dans les collectifs, les agences et les équipes projet. Elle peut être réciproque : tu ne débauches pas leurs collaborateurs, ils ne débauchent pas les tiens.
Étape 2 - Comprends pourquoi la clause existe
Une clause restrictive n’est pas forcément un piège. Elle répond souvent à une peur commerciale. Ta négociation sera plus efficace si tu identifies cette peur.
Protéger une relation commerciale
Une ESN ou une agence investit du temps pour trouver le client, se faire référencer, négocier le besoin, porter le contrat et gérer l’administratif. Elle veut éviter un scénario simple : elle t’introduit chez le client, puis la relation passe en direct sans elle.
On peut trouver ça frustrant, mais l’intérêt commercial est réel. Dans le guide sur travailler avec une ESN en freelance, on voit que l’intermédiaire vend aussi son référencement et son accès aux grands comptes.
La bonne négociation ne consiste pas à nier cet intérêt. Elle consiste à limiter la clause au client concerné, à une durée raisonnable et à une pénalité proportionnée.
Protéger un secret d’affaires
Un client stratégique peut te donner accès à sa roadmap produit, ses marges, ses données clients ou ses modèles de pricing. Il ne veut pas que ces informations arrivent chez un concurrent la semaine suivante.
Dans ce cas, une confidentialité renforcée ou une clause de conflit d’intérêts peut suffire. La non-concurrence générale doit rester l’option de dernier recours.
Si le risque porte sur l’information, commence par renforcer la confidentialité. Pas par interdire ton activité entière.
Éviter le contournement d’une agence en marque blanche
En marque blanche pour une agence, tu travailles parfois sans être visible du client final. L’agence protège sa relation, son image et sa marge.
Une clause qui t’interdit de démarcher le client final est logique. Une clause qui t’interdit de travailler pour toutes les entreprises du secteur de l’agence pendant 2 ans ne l’est pas.
Sécuriser un collectif ou une sous-traitance
Dans un collectif, plusieurs freelances partagent des opportunités. Dans une sous-traitance, le donneur d’ordre te présente à ses propres clients. La clause vise souvent à éviter que chacun parte avec le portefeuille commun.
Là encore, la solution équilibrée est ciblée : clients effectivement présentés, durée courte, réciprocité, exclusion des relations déjà existantes.
Étape 3 - Teste la proportionnalité de la clause de non-concurrence freelance
Une clause restrictive se lit comme une équation. Plus elle limite ta liberté, plus elle doit être justifiée, précise et équilibrée.
La durée
La première question : combien de temps la restriction dure-t-elle ?
Pour une mission freelance classique, 6 à 12 mois après la fin de mission est souvent la zone la plus défendable pour une non-sollicitation ciblée. 24 mois peut se discuter sur un client stratégique ou une sous-traitance très sensible, mais cela demande une justification forte.
Une durée illimitée est un signal rouge. Une clause qui survit “sans limite de durée” après la mission doit être renégociée.
Le point de départ
La durée ne suffit pas. Il faut aussi savoir à partir de quand elle commence.
Une clause peut courir à partir de la signature du contrat, de la fin de la mission, du dernier bon de commande, du dernier jour travaillé, de la dernière facture ou de la fin de toute relation commerciale entre les parties. Ce détail change beaucoup de choses.
Exemple : tu signes une mission de 6 mois via ESN, renouvelée deux fois par bons de commande successifs. Si la non-sollicitation dure 12 mois “après la fin du contrat”, demande si le point de départ est le premier contrat, le dernier renouvellement ou la fin effective chez le client final. Sans précision, tu risques de découvrir que chaque avenant repousse la date de sortie.
Une clause bien rédigée dit quand elle commence, quand elle finit et quel document fait foi.
Mon réflexe : faire écrire “à compter du dernier jour effectif d’intervention du Prestataire chez le client final”. C’est plus clair qu’une formule vague comme “à compter de la cessation des relations commerciales”.
Le périmètre client
La clause doit préciser les clients concernés. Il y a une grande différence entre :
- “le client final auprès duquel le prestataire intervient dans le cadre de la mission” ;
- “tout client, prospect, partenaire ou société affiliée du groupe”.
La première formulation est ciblée. La seconde peut couvrir des dizaines d’entités que tu ne connais même pas.
Mon réflexe : demander la liste exacte des entités concernées. Si le client ne peut pas la produire, la clause est trop floue.
Le périmètre d’activité
La restriction doit viser une activité précise. “Toute activité de conseil” est trop large. “Toute mission de refonte CRM sur le périmètre assurance emprunteur du client final” est beaucoup plus lisible.
Pour un développeur, l’interdiction ne doit pas porter sur “le développement informatique” en général. Pour un consultant SEO, elle ne doit pas interdire “le marketing digital” dans son ensemble.
Plus la clause utilise des mots génériques, plus elle doit être resserrée avant signature.
Le périmètre géographique
Certaines prestations intellectuelles se réalisent à distance, donc la géographie n’est pas toujours le bon critère. Les juges peuvent parfois admettre une clause centrée sur un client plutôt que sur une zone. Une analyse Lefebvre Dalloz d’un arrêt de la cour d’appel de Versailles du 14 septembre 2023 montre ce raisonnement : la clause était limitée au client, mais elle a tout de même été annulée car la pénalité et l’ampleur de l’interdiction étaient disproportionnées au regard de la mission initiale (Open Lefebvre Dalloz).
La leçon est utile : un critère isolé ne sauve pas une clause. Le juge regarde l’ensemble.
La compensation
Contrairement au salarié, le freelance n’a pas automatiquement droit à une contrepartie financière pour une clause de non-concurrence dans un contrat de prestation. C’est une différence majeure avec le contrat de travail.
Cela ne veut pas dire qu’il faut accepter gratuitement une restriction lourde. Commercialement, tu peux demander une compensation :
- un volume minimum garanti ;
- un TJM plus élevé ;
- une indemnité mensuelle d’exclusivité ;
- une durée de mission ferme ;
- une clause de sortie si le client réduit le volume.
Exemple simple : un client te demande 100 % d’exclusivité pendant 6 mois. Ton TJM est de 650 €. Demande au minimum un engagement de 20 jours par mois, soit 13 000 € HT mensuels, ou refuse l’exclusivité totale.
Les pénalités
La clause pénale fixe une somme due en cas de violation. Elle doit être prise au sérieux. 10 000 €, 30 000 €, 50 000 € : ce ne sont pas des montants décoratifs.
L’article 1231-5 du Code civil permet au juge de modérer ou d’augmenter une pénalité manifestement excessive ou dérisoire. Mais compter sur un juge après coup n’est pas une stratégie. Tu veux éviter le litige, pas le gagner deux ans plus tard.
Avant de signer, compare la pénalité au montant de la mission. Une pénalité de 50 000 € sur une prestation de 8 000 € est un déséquilibre manifeste à négocier.
Le déséquilibre significatif
Dans un contrat d’adhésion, l’article 1171 du Code civil prévoit qu’une clause non négociable créant un déséquilibre significatif peut être réputée non écrite. Attention toutefois : entre professionnels, le terrain peut aussi relever de l’article L. 442-1 du Code de commerce, qui vise le fait de soumettre l’autre partie à des obligations créant un déséquilibre significatif. La Cour de cassation a encore rappelé le 13 mai 2026 que l’article 1171 ne s’applique pas toujours aux contrats commerciaux entrant dans ce champ. Ne transforme donc pas cet article en bouclier magique.
La bonne question reste pratique : est-ce que la clause protège un intérêt légitime, ou est-ce qu’elle transfère tout le risque sur toi ?
Étape 4 - Adapte ta lecture au canal de mission
La même clause n’a pas le même poids selon que tu signes avec un client direct, une ESN, une agence ou une plateforme.
Cas 1 : client direct
Avec un client direct, la non-concurrence doit être rare et ciblée. Le client n’a pas à t’interdire de travailler pour tout son secteur. Il peut en revanche protéger ses informations confidentielles et éviter un conflit d’intérêts immédiat.
Formulation acceptable : interdiction de travailler sur le même appel d’offres ou le même projet stratégique pour un concurrent nommé pendant la mission et 3 mois après.
Formulation à refuser : interdiction de toute prestation pour une entreprise concurrente pendant 24 mois, sans liste de concurrents et sans compensation.
Cas 2 : ESN et client final
Avec une ESN, le point sensible est le passage en direct avec le client final. La clause peut être légitime si l’ESN t’a apporté la mission. Mais elle doit rester proportionnée.
Vérifie :
- la durée après la fin de mission ;
- le client final exact concerné ;
- les filiales couvertes ;
- la pénalité ;
- ce qui se passe si l’ESN perd son référencement ;
- ce qui se passe si le client final te contacte spontanément.
J’ai connu des missions IT où la clause était raisonnable : 12 mois, uniquement le client final, aucune interdiction de travailler pour d’autres clients du même secteur. J’en ai vu d’autres où l’ESN voulait interdire tout passage par une autre société référencée pendant 2 ans. Ce n’est pas le même risque.
Cas 2 bis : plusieurs intermédiaires ou autre ESN
Le mot à repérer est “indirectement”. Une clause qui interdit de travailler directement ou indirectement pour le client final peut viser plusieurs scénarios : contrat direct, passage par une autre ESN, portage salarial, plateforme, société d’un ami ou filiale du client.
C’est souvent là que les freelances se trompent. Ils pensent éviter la clause parce qu’ils ne signent pas directement avec le client final. Si la rédaction couvre les relations indirectes, le risque reste présent.
Demande une phrase simple : “La présente interdiction ne fait pas obstacle aux missions réalisées pour le client final par l’intermédiaire d’un fournisseur référencé, avec l’accord écrit préalable de l’Intermédiaire.” Si l’ESN refuse, au moins tu sais que le passage par une autre structure est exclu.
Pour les chaînes longues, ajoute aussi une clarification sur le bénéficiaire de la clause. Si tu signes avec une ESN A, qui sous-traite pour une ESN B, elle-même référencée chez le client final, tu dois savoir qui peut invoquer la restriction contre toi.
Cas 3 : agence en marque blanche
Avec une agence, la clause doit protéger les clients qu’elle t’a effectivement présentés. Elle ne doit pas t’empêcher de travailler pour d’autres agences ou pour des clients que tu connaissais déjà.
Ajoute une exclusion claire : les clients avec lesquels tu avais une relation commerciale documentée avant la mission ne sont pas couverts par la non-sollicitation.
Cette preuve peut être un devis, un email, un CRM, une facture ou un échange LinkedIn daté.
Cas 4 : plateforme freelance
Les plateformes encadrent souvent le passage en direct. Certaines imposent une période d’exclusivité commerciale ou des frais si la relation sort de la plateforme.
Lis les conditions générales, pas seulement le contrat de mission. Le guide sur les plateformes freelance détaille cette logique : la plateforme ne facture pas seulement une mise en relation, elle protège aussi sa commission.
Cas 5 : collectif de freelances
Dans un collectif, la clause doit être réciproque. Si tu t’interdis de solliciter les clients du collectif, le collectif doit aussi s’interdire de détourner tes propres clients.
Le guide sur le collectif de freelances insiste sur ce point : une charte ou des CGV communes doivent clarifier qui possède la relation commerciale.
Étape 5 - Négocie le passage en direct avec le client final
Le passage en direct est le terrain le plus sensible. Il peut être interdit, négociable ou libre selon les contrats signés.
Quand c’est interdit
Si ton contrat avec l’ESN interdit toute relation directe avec le client final pendant 12 mois, tu prends un risque en signant directement sans accord écrit. Même chose si le client final a lui-même signé une clause de non-sollicitation avec l’ESN.
Dans ce cas, ne joue pas sur les mots. “C’est le client qui m’a appelé” ne suffit pas toujours. “Je passe par une autre ESN” peut aussi violer la clause si elle vise toute relation indirecte.
Quand c’est négociable
Le passage en direct peut se négocier proprement :
- à la fin d’une période de 6 ou 12 mois ;
- avec des frais de sortie payés par le client final ;
- avec un accord tripartite entre toi, l’ESN et le client ;
- si l’ESN ne poursuit plus la relation commerciale ;
- si la mission change complètement de périmètre.
La bonne méthode : demander une renonciation écrite. Un email vague du commercial ne suffit pas toujours. Demande un avenant ou une lettre de levée de clause signée par une personne habilitée.
Quand tu dois refuser
Refuse le passage en direct si le client te pousse à “ne rien dire à l’ESN”. C’est le meilleur moyen de transformer une opportunité en litige.
Une relation directe qui démarre par une dissimulation commence déjà avec un risque commercial et juridique.
Si le client final veut vraiment travailler avec toi, il peut négocier avec l’intermédiaire. S’il refuse de le faire, il te demande de porter seul le risque.
Étape 6 - Utilise des scripts de négociation simples
Tu n’as pas besoin d’arriver avec un ton agressif. Une clause se négocie mieux quand tu montres que tu comprends l’intérêt du client.
Pour limiter la durée
Tu peux répondre :
“Je comprends l’objectif de protection commerciale. En revanche, 24 mois me semblent trop longs pour une mission de 3 mois. Je peux accepter 6 mois après la fin de mission, uniquement sur le client final concerné.”
Pour limiter le périmètre client
“La rédaction actuelle couvre les clients, prospects, filiales et partenaires du groupe. Je ne peux pas mesurer ce périmètre. Peux-tu limiter la clause au client final pour lequel j’interviens, avec une liste des entités concernées ?”
Pour remplacer une non-concurrence par une confidentialité
“Le risque principal semble porter sur les informations sensibles auxquelles j’aurai accès. Plutôt qu’une non-concurrence large, je propose une clause de confidentialité renforcée et une clause de conflit d’intérêts pendant la mission.”
Pour refuser une exclusivité sans volume garanti
“Je peux réserver une disponibilité prioritaire, mais pas accepter une exclusivité totale sans engagement de volume. Si le client souhaite une exclusivité à 100 %, je propose de l’associer à un minimum mensuel de 20 jours facturables.”
Pour encadrer une pénalité
“Je comprends le besoin d’une sanction en cas de contournement. Le montant de 50 000 € est toutefois déconnecté de la valeur de la mission. Je propose de plafonner la pénalité au montant HT facturé sur les trois derniers mois, avec application seulement après mise en demeure.”
Pour demander une levée de clause
“Le client final souhaite poursuivre en direct. Avant toute discussion commerciale, j’ai besoin d’une levée écrite de la clause de non-sollicitation, signée par l’ESN et, si nécessaire, par le client final.”
Étape 7 - Propose des formulations équilibrées
Ces formulations ne remplacent pas un avis d’avocat. Elles te donnent une base de discussion pour éviter les clauses trop larges. Pour une mission stratégique ou un montant élevé, fais relire ton contrat. Des plateformes comme LegalPlaceAvantage partenaire-15 % avec le codeLEFREELANCE peuvent aider sur une première formalisation, et un avocat spécialisé reste préférable dès que l’enjeu dépasse quelques milliers d’euros.
Non-sollicitation ciblée client final
“Pendant la durée du contrat et pendant une période de 6 mois suivant son terme, le Prestataire s’interdit de solliciter directement le client final auprès duquel il intervient dans le cadre de la mission, pour des prestations identiques ou similaires à celles objet du présent contrat. Cette interdiction ne s’applique pas aux clients avec lesquels le Prestataire entretenait une relation commerciale documentée avant la signature du présent contrat.”
Confidentialité renforcée
“Chaque partie s’engage à conserver strictement confidentielles les informations non publiques reçues dans le cadre de la mission, notamment les données commerciales, techniques, financières, stratégiques et opérationnelles. Cette obligation s’applique pendant la durée du contrat et pendant 3 ans après son terme. Elle ne couvre pas les informations déjà publiques, obtenues légitimement auprès d’un tiers ou développées indépendamment par l’autre partie.”
Conflit d’intérêts
“Pendant la durée de la mission, le Prestataire s’engage à informer le Client de toute situation susceptible de créer un conflit d’intérêts direct avec l’objet de la mission. Les parties conviennent alors de bonne foi des mesures nécessaires : cloisonnement des informations, ajustement du périmètre ou renonciation à la prestation concernée.”
Exclusivité avec volume garanti
“Lorsque le Client demande une exclusivité de disponibilité, celle-ci est limitée à la période du [date] au [date] et donne lieu à un engagement minimum de [X] jours facturables par mois. En cas de volume inférieur à ce minimum pour une cause non imputable au Prestataire, les jours réservés restent dus.”
Passage en direct encadré
“À l’issue d’une période de 12 mois suivant le démarrage de la mission, les parties pourront convenir par écrit d’une relation directe entre le Prestataire et le client final. Cette évolution devra faire l’objet d’un accord écrit préalable entre l’Intermédiaire, le Prestataire et, le cas échéant, le client final.”
Levée partielle de clause
“L’Intermédiaire pourra autoriser par écrit une dérogation totale ou partielle à la présente clause pour un client, une mission ou une période déterminée. Cette autorisation devra préciser le périmètre exact de la levée, sa durée et les éventuelles conditions financières associées.”
Étape 8 - Sache quand refuser de signer
Il y a des clauses qu’on ne négocie pas longtemps. On les refuse ou on demande une réécriture complète.
Refuse si la clause bloque ton métier
Si tu es consultant cybersécurité et que la clause t’interdit toute mission cybersécurité en France pendant 2 ans, tu ne signes pas en l’état. Même si la clause pourrait être contestée, elle crée un risque commercial immédiat.
Tu vas hésiter à accepter des missions. Tu vas perdre du temps à demander des autorisations. Tu vas travailler avec une épée contractuelle au-dessus de la tête.
Refuse si l’exclusivité n’est pas payée
Une exclusivité totale sans volume garanti revient à vendre une option gratuite sur ton agenda. Le client se réserve ta disponibilité, mais ne te garantit pas ton revenu.
Ce n’est pas équilibré.
Refuse si la pénalité peut tuer ton activité
Une pénalité doit dissuader, pas menacer l’existence de ton entreprise. Si la somme dépasse largement la valeur de la mission ou ton assurance RC Pro, demande un plafonnement.
Le sujet rejoint la gestion du risque contractuel dans tes CGV freelance : limitation de responsabilité, pénalités, préavis, procédure de contestation. Tout doit former un cadre cohérent.
Demande un avocat dans les cas sensibles
Demande un avis juridique si :
- la mission représente plus de 30 % de ton chiffre d’affaires annuel, ce qui crée déjà un risque de dépendance client ;
- la clause dépasse 12 mois ;
- la pénalité dépasse 10 000 € ;
- plusieurs intermédiaires sont impliqués ;
- tu envisages un passage en direct avec le client final ;
- la clause touche un secteur très concentré où tu as peu de clients possibles.
Un avocat coûte moins cher qu’un litige. Surtout quand ton activité dépend de quelques grands comptes.
Checklist finale avant de signer
Avant de signer un contrat contenant une clause restrictive, prends 20 minutes et coche ces points.
- J’ai identifié la clause exacte : non-concurrence, non-sollicitation, exclusivité, confidentialité, conflit d’intérêts ou non-débauchage.
- La durée est écrite et elle reste cohérente avec la mission.
- Le client concerné est nommé ou listé clairement.
- L’activité interdite est précise et ne couvre pas tout mon métier.
- L’exclusivité est compensée par un volume garanti ou une rémunération dédiée.
- La pénalité est plafonnée et proportionnée au montant de la mission.
- Les clients déjà connus sont exclus de la clause.
- Le passage en direct est encadré si je travaille via ESN, agence ou plateforme.
- La clause est réciproque quand elle touche un collectif, une équipe ou mes propres sous-traitants.
- J’ai une trace écrite de toute modification, renonciation ou accord oral.
Une clause de non-concurrence freelance n’est pas un détail administratif. C’est une clause qui peut limiter ton marché, ton agenda et ta capacité à rebondir après une mission.
Mon conseil est simple : ne signe jamais une restriction que tu ne saurais pas expliquer à voix haute. Si tu comprends la clause, tu peux la négocier. Si tu ne la comprends pas, tu demandes une clarification. Et si personne ne veut clarifier, c’est déjà une information.
Questions fréquentes
Une clause de non-concurrence freelance est-elle valable ? +
Oui, une clause de non-concurrence peut être valable dans un contrat de prestation entre professionnels si elle est limitée, justifiée par un intérêt légitime et proportionnée. Une clause trop large, sans durée claire ou qui empêche le freelance d'exercer son métier, peut être contestée.
Une ESN peut-elle m'empêcher de travailler avec le client final ? +
Oui, si ton contrat prévoit une clause de non-sollicitation ou de non-concurrence limitée au client final. Il faut aussi vérifier le contrat entre l'ESN et le client final, car le client peut être lui-même engagé. Avant tout passage en direct, demande une levée écrite.
Puis-je travailler avec le même client final en passant par une autre ESN ? +
Pas forcément. Si la clause interdit aussi les relations indirectes avec le client final, passer par une autre ESN, une plateforme ou une société tierce peut rester interdit. Relis les mots exacts du contrat et demande une autorisation écrite avant d'accepter.
Quelle durée est raisonnable pour une non-sollicitation freelance ? +
Il n'existe pas de durée légale unique. En pratique, 6 à 12 mois après la fin de mission est souvent plus défendable pour une clause ciblée sur un client final. Au-delà, la clause doit être justifiée par un intérêt fort et un périmètre très précis.
Puis-je accepter une exclusivité freelance ? +
Oui, mais seulement si elle est limitée et rémunérée. Une exclusivité totale doit généralement s'accompagner d'un volume minimum garanti ou d'une indemnité de réservation. Sans garantie, tu bloques ton agenda sans sécuriser ton chiffre d'affaires.
Que faire si j'ai déjà signé une clause trop large ? +
Relis le contrat complet, rassemble les échanges de négociation et évite toute décision risquée sans avis juridique. Tu peux demander une renonciation écrite, un avenant ou une limitation de la clause. Si un passage en direct est envisagé, consulte un avocat avant d'agir.
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